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Le 17 octobre 1961 UN JOUR DE TERREUR INSCRIT DANS L’HISTOIRE Il y a cinquante ans, une manifestation pacifique d’Algériens était sauvagement réprimée à Paris. Il y a cinquante ans la RATP, ses autobus, y a participé. Il y a cinquante ans la CGT a appelé à résister. Il y a cinquante ans, le préfet de Police de la Seine, Maurice Papon, avec l’accord du gouvernement de droite, imposa un couvre-feu visant exclusivement les Algériens.

Ce couvre-feu raciste entraîna une réaction pacifique des Algériens, sous la forme d’une manifestation dans les rues de Paris. Au soir du mardi 17 octobre 1961, ils furent près de trente mille, hommes, femmes et enfants, à défiler pacifiquement sur les grandes artères de la capitale pour défendre le droit à l’égalité et revendiquer l’indépendance de l’Algérie. A travers cette manifestation, c’est aussi leur dignité d’être humain qu’ils revendiquaient.

La répression policière de cette protestation non violente est une des pages les plus sombres de notre histoire. Longtemps dissimulée à l’opinion et désormais établie par les historiens, elle fut féroce : onze mille arrestations, des dizaines d’assassinats, dont de nombreux manifestants noyés dans la Seine, tués par balles, frappés à mort.

Pour pouvoir parquer les milliers d’Algériens arrêtés ce jour là, on réquisitionna le Stade de Coubertin et le Palais des Sports de la Porte de Versailles. Les cars de police ne suffisant pas à les transporter vers les différents lieux de détention, on mobilisa aussi les bus de la RATP. Des machinistes, en particulier des camarades de la CGT, refusent de conduire les bus lorsqu’ils comprennent pourquoi ils sont là !

Dès le lendemain la CGT appelle à organiser des protestations et des actions de masse pour réprouver les violences du 17 octobre.

Des bus ensanglantés

Le 19 octobre lors de la séance du comité d’entreprise de la RATP, Marcel Villin, machiniste CGT parle au nom de la délégation CGT et dénonce la responsabilité de la direction ; il déclare que "les élus CGT du personnel élèvent une protestation indignée contre l’utilisation qui est faite du personnel et du matériel dans le cadre de la répression brutale entreprise contre les ressortissants algériens ces derniers jours. S’ils en jugent par les innombrables témoignages que leur rapportent sans cesse leurs mandants et ce qu’ils ont pu constater eux-mêmes, il apparaît que la direction de la régie a engagé lourdement sa responsabilité. En effet, les autobus mis à la disposition des services de police servent à transporter, vers des lieux d’internement, indifféremment, des hommes valides, des blessés graves et même des mourants. L’état ensanglanté dans lequel les autobus rentrent aux dépôts comme à Croix-Nivert, Clichy, Malakoff, Lagny… atteste de la véracité de ses affirmations. De plus, les agents de la régie conduisant ces autobus affirment que les personnes arrêtées sont littéralement empilées et systématiquement matraquées dans les voitures […]. Les élus CGT dénoncent la complicité de la régie qui met à la disposition de la police une partie des moyens de répression. Ces méthodes rappellent celles utilisées pour transporter les Israélites pendant l’occupation allemande". Réponse du président de la RATP de l’époque : « Il y a un texte spécial pour ce genre de réquisition ; mais les affaires de police ne demandent pas de décision du Conseil des ministres. » Gustave Allyn de la CGT lui répond : « Il s’agit de savoir si nous sommes embauchés à la régie comme agents auxiliaires de la police ou si nous nous sommes agents de service public ?[…] On leur a fait conduire les voitures, et sans leur dire avant, voire même en les trompant. De nombreux camarades, le 17, ignoraient totalement où ils allaient et pour quoi faire. S’ils l’avaient su, il y en aurait eu moins. […] Une réquisition faite dans ces conditions-là… La preuve, c’est que vous n’avez rien pu faire à ceux qui n’y sont pas allés. S’il y avait eu des ordres de réquisition, ils seraient en prison. »

Bref, il n’y aurait pas eu de réquisition officielle, et cela explique sans doute le silence de la RATP aujourd’hui. Le silence officiel, imposé depuis 50 ans sur ces faits douloureux, ternit le visage de notre pays et ne contribue pas au développement de relations amicales pourtant si nécessaires entre l’Algérie et la France.

RÉSISTER EST UN DEVOIR !


le 17 octobre 2011 Haut de page Imprimer cet article
   
   
   
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